[Before] Qu’est- ce que préparent les Cinq Fantastiques de The Thrill Is Gone?

Lorsque le Festival Actoral 16 a invité Théo Mercier, son parrain, à proposer une extension scénique de son exposition The Thrill Is Gone, Théo s’est plutôt dirigé vers la musique que le théâtre et les arts vivants. Jacques, RBK Warrior et Flavien Berger sont en résidence à Marseille depuis plus d’une semaine pour imaginer un spectacle qu’ils présenteront une unique fois ce jeudi 29 au Cabaret Aléatoire. Pendant ce temps-là, le dessinateur Jérémy Piningre documente la création sous forme de fanzine. On est allé intercepter la troupe en sortie de petit dej’ à l’espace Montévidéo – leur QG – pour en savoir plus sur ce qu’ils préparent.

« The Thrill Is Gone », « le frisson s’est en allé ». Pourquoi ce titre Théo, tu trouves que la vie est plate ?

Jacques – La terre est plate.
Flavien – L’eau est plate.
(Rires des artistes)
RBK Warrior – C’est une chanson à la base.
Théo – Oui c’est une chanson de Chet Baker, ce qui m’intéressait dans ce titre c’était de faire un lien entre une déception amoureuse et une déception sur l’état du monde en général. Amour déçu, société déçue, à peu près.
RBK Warrior– Désillusion quoi.
Théo – Ouais, à peu près, de la désillusion intime à la désillusion sociétale. C’est un travail que j’avais déjà entamé en faisant des parallèles entre des titres de chansons populaires que j’affichais sur des ruines qui auraient traversé des siècles. Ça m’intéressait de reprendre un autre titre de chanson d’amour pour parler de vestiges.

Je n’ai pas vu l’expo mais j’ai lu qu’elle était teintée d’esthétique post-moderniste et New Age.

(Rire des artistes)
Théo – C’est cadeau ça.
RBK Warrior – Un mix entre Joy Division et Mondrian quoi.

Au milieu de ces désillusions, est-ce que RBK, Jacques et Flavien sont des super héros qui réenchantent le monde avec des fragments du quotidien ?

Théo – Ouais ouais.
Jacques – La réponse est oui.
(Rire des artistes)
RBK Warrior – La réponse est oui, teintée quand même d’une certaine mélancolie.
Théo – Ouai, post new-age.

Quel serait le super pouvoir de chacun?

(La navette est bien une spécialité marseillaise, c’est le calisson qui vient d’Aix, ndlr)

Théo est-ce que tu peux nous expliquer le lien entre l’expo et la performance ?

Théo – Ce que j’ai proposé aux musiciens et à Jérémy, c’était vraiment de se servir des objets, des sculptures et des installations comme des partitions et des éléments de langage. Un matériel pour écrire quelque chose en musique et en paroles.

« Ça m’intéresse de voir comment on peut passer de l’espace blanc du musée à l’espace noir de la salle de spectacle » – Théo Mercier

Je m’intéresse aux lieux de déplacement ; du musée à la scène, à ce que peut être une exposition musicale. Il y a aussi un comédien et un danseur qui interviennent dans l’espace du musée ce soir pendant le vernissage (l’interview a été faite le 27 septembre, le jour du vernissage de l’exposition au Musée d’Art Contemporain de Marseille, ndlr). Ça m’intéresse de voir comment on peut déplacer ces lieux, passer de l’espace blanc du musée à l’espace noir de la salle de spectacle. Est-ce qu’il y a un espace intermédiaire qui peut exister ? Ça fait partie des expériences sur lesquelles j’ai envie de travailler en ce moment. C’est un échange qui se fait par des objets, je leur demande de transformer ma matière en leur matière.

Artwork de Jérémy Piningre

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Et pourquoi eux ?

Théo – Parce que ce sont mes amis déjà, et parce que j’aime ce qu’ils font. Et ça m’intéressait de réunir des gens, plusieurs entités, pour essayer de proposer quelque chose d’unique ; pour eux, comme pour moi, comme pour tout le monde.

Et vous les musiciens comment vous avez été briefés ? Vous qui avez l’habitude de créer votre musique et de maîtriser votre propre univers, est-ce que c’était différent de travailler avec des consignes ?

Flavien – La consigne c’était : « Regardez ce que j’ai fait et faites un truc ».

Donc c’est assez libre.

Flavien – Ah oui on est super libres. La partition c’est un peu comme une influence …
Jacques – Ah c’est pour moi ! (Le facteur arrive, il court dehors en criant de joie pour aller ouvrir un colis, ndlr)
Flavien – A part le fait qu’on ait jamais bossé tous les trois, c’est finalement assez habituel de s’inspirer d’une œuvre de quelqu’un ou d’un univers de référence pour partir sur une création. En l’occurrence là elle est toute fraîche et directement dirigée vers nous parce que nous sommes quasiment les premiers à l’arpenter. On est là, et on à l’impression d’avoir une réponse direct parce que le concert est deux jours après le vernissage.

« On a une réponse plus vaste que la musique, on se retrouve plongé entre l’univers de musicien et l’univers d’acteur » – RBK Warrior

Théo – C’est vrai que mis à part les gens avec qui j’ai fait le montage de l’expo, vous étiez les premiers spectateurs.
Flavien – On est dans la même géode, le même instant.
RBK Warrior – On a apporté cette réponse musicale, mais pas seulement. Théo travaille un peu avec la scène. On se retrouve plongé entre l’univers de musicien et l’univers d’acteur, on va incarner des rôles. On a une réponse plus vaste que seulement la musique, et c’est aussi parce qu’il va y avoir une mise en scène.
Théo – Il y aura des éléments scéniques qui seront des petits prolongements de ce qui peut se passer dans l’exposition, mais sur une scène de concert. L’idée c’est vraiment de créer un espace de rencontre un peu hybride.
RBK Warrior – Et il y a Jérémy qui dessine pendant qu’on fait de la musique, il y a tout le temps un truc qui se crée.
Théo – Pendant qu’ils sont entrain de chercher la musique, les paroles, il y a toujours quelque chose. Jérémy, c’est un témoin visuel de tout ça.

Extraits du fanzine The Thrill Is Gone de Jérémy Piningre, Théo Mercier, RBK Warrior, Jacques et Flavien Berger

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Flavien – On est dans un hybride parce qu’on travaille avec des acteurs qui pensent faire un truc différent de ce qu’ils ont l’habitude de faire : dans une salle de concert, on va faire un truc qui n’est pas vraiment un concert, et avec un festival d’art vivant on fait un truc qui est un peu trop un concert pour eux.
RBK Warrior – Tout le monde est déçu.
(Rires)
Flavien – Ça nous donne encore plus de liberté, on a l’impression d’ouvrir un peu les frontières de chacun et d’ouvrir les nôtres aussi. En bossant ensemble on se rend compte de ce que chacun apporte dans la création.
RBK Warrior – Je trouve ça vraiment hyper intéressant de ne pas travailler comme d’habitude, d’avoir de nouveaux camarades. Ça nous pousse vraiment dans nos retranchements. On n’est pas en roue libre, on ne va pas parler de la même manière, on planche tous sur un même sujet. Je trouve ça passionnant.

Vous êtes vous-mêmes sensibles à l’art contemporain ?

RBK Warrior – Pas du tout (rires). C’est faux, j’adore ça, évidemment.
Flavien – Oui. Très sensible.

Pour finir, est-ce qu’il y a quelque chose à Marseille qui justement, à vos yeux, incarne des désillusions et des fantasmes ?

Jérémy – C’est difficile à dire, on a surtout passé du temps ici, on vit là, on travaille là. C’est beaucoup de boulot.
Flavien – Ouais voilà, si le mois prochain je dois parler de Marseille, je parlerai de Montévidéo.
Jérémy – En tout cas la liberté de travail et l’accueil sont super.

Merci, à jeudi au Cabaret Aléatoire !

The Thrill Is Gone, jeudi 29 septembre à 22H au Cabaret Aléatoire.
Préventes 10€ (+ frais de loc). Sur Place 15€.


Le Fanzine The Thrill is Gone sera en vente au vernissage de l’exposition Prétexte #3 d’Erwan Fichou, Théo Mercier, Jérémy Piningre et Myriam Van Imschoot. A partir de 19h à la Salle des Machines de la Friche Belle de Mai. Entrée libre.

Photo : Marie Taillefer
Édition et propos recueillis par Paul Herincx

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