[ITW] Carnet de Bord de Résidence : Paul Wamo

Paul Wamo

Vous avez peut-être déjà entendu de la musique s’échapper du Cabaret Aléatoire en pleine journée. Repère de noctambules le week-end, la salle se transforme régulièrement en lieu de travail pour des artistes que nous accueillons en résidence la semaine. Rencontre avec Paul Wamo, artiste néocalédonien dont le Cabaret est devenu l’atelier pour deux soirées.

Qui est Paul Wamo, en quelques mots ?

Je viens de Nouvelle-Calédonie, je suis auteur, slameur, poète et performeur kanak. Je suis installé à Marseille pour le développement d’un projet musical, depuis un an maintenant. Je jouerai jeudi soir au festival Babel Med Music pour faire la promotion de l’EP qu’on a sorti l’année dernière.

Depuis combien de temps est-ce que tu slam ? Comment cela a-t-il commencé ?

J’ai d’abord commencé par écrire, au lycée. L’écriture est arrivée à moi comme un médicament, elle m’a permis d’exprimer des choses qui n’arrivaient pas à sortir de mon crâne et qui commençaient à me faire mal. L’écriture m’a apaisé, m’a sauvé, m’a guéri.

Et ensuite le slam – on va dire la lecture, la mise en voix – est venue après, en 2004. Mais au pays, en Nouvelle Calédonie, on ne connaissait pas le slam. Même en France, c’est vraiment Grand Corps Malade qui a sorti le slam des garages. Je suis dans cette mouvance-là, d’écrire des textes et de les dire. On peut appeler ça slam mais il y a pleins de définitions, comme spoken-word. En France on a du mal à définir ce nouveau type d’expression donc dès qu’il y a un gars qui dit un texte, on dit que c’est un slameur. En Angleterre par exemple ils sont plus précis : ils ont ce qu’on appelle le spoken world, des textes qui sont dits avec de la musique. Le slam c’est plus précis, c’est une scène ouverte où les gens viennent dire des textes et les écouter. Moi je me situe un peu dedans : entre l’écriture et l’oralité.

Paul Wamo

Tu as donc découvert le slam avec Grand Corps Malade ?

Il m’a permis de mettre un nom sur ce que je faisais. Comme je disais le slam est une scène ouverte, et il n’y avait pas de scène ouverte quand j’ai commencé. Mais je lisais déjà des textes sur scène avec des amis, des musiciens, on faisait des performances, mais on ne savait pas comment appeler ça. C’est une fois que Grands Corps Malade est sorti qu’on s’est étiquetés slameurs, parce que les gens aiment bien les étiquettes, mais à cette époque-là il n’y avait pas de scène slam. Maintenant oui, il y a des groupes, des concours, des championnats … Ça s’est développé.

Est-ce que tu peux nous parler des influences des cultures océaniennes dans ton art ?

Il y a surtout la culture kanak qui est présente dans mes projets, que ce soit dans la musique ou dans les créations scéniques. Dans la musique j’essaye d’incorporer des rythmes qu’on trouve chez nous. Les rythmes kanak sont mises en avant dans les percussions. Et j’ai des textes qui au niveau du flow, du sens et du rythme, partent des discours cérémoniaux kanak. Ces discours ont plusieurs formes et se disent à des occasions précises : il y a le discours généalogique, le discours de deuil … Ils ont des fonctions précises et se disent de manière précise.

Par exemple :

Qu’est-ce que tu fais en résidence au Cabaret ?

On est avec Wim Welker et Ulrich Wolters pour préparer notre showcase au festival Babel Med Music. Avec Lambert, un technicien, on se met en condition pour le son et la scène. Et ça se passe super bien, la salle est super belle et il y a de bonnes bières dans les loges. Merci !

Sur des morceaux comme « Désaliénation » ta manière de chanter paraît très spontanée. Est-ce que tu improvises souvent sur le moment ?

Ça dépend, c’est souvent calé mais quand je suis sur scène et que je sens qu’il y a des espaces pour aller ailleurs, on va ailleurs. Et quand je crée je laisse parfois le flow partir.

 

Est-ce que tu penses qu’il y a un poète en chacun de nous ?

La poésie, comme la musique, est partout. Et comme la musique c’est de la poésie, le monde est un concert de poèmes. On a tous notre part de poésie à propager.

Comment faire pour la libérer ?

Partager, se rencontrer, parler avec les gens. Essayer de se connaître. Voir la beauté qu’il y a dans l’autre – partout – même dans la saleté il y a de la poésie. Il faut regarder avec poésie.

Photos : Eric Aubry, Lena W et Eric Dell’Erba
Propos recueillis par Paul Herincx

Carnets de Bord de Résidence précédents :
Get Thirteen
Oai Star
Kemmler