Pourquoi Joey Beltram est-il considéré comme une légende?

Joey Beltram

On a peut être tendance à abuser du terme « légende » dans le monde des musiques électroniques. Seulement voilà, dans le cadre de la troisième édition de la soirée Back to Origins ce samedi, on en reçoit vraiment une en la personne de Joey Beltram. Comme il ne s’agit pas de nous croire sur parole, on est allé chercher des illustrations et raviver quelques mémoires.

Il a laissé une trace indélébile dans la mémoire des ravers des 90’s avec le morceau Energy Flash

Sorti en plein âge d’or du mouvement, le morceau Energy Flash faisait partie intégrante de la bande son des rave party de France et de Navarre dans les 90’s.

Jack de Marseille : « Au début des années 1990 il y avait beaucoup de morceaux fédérateurs, vraiment rave, à base de synthé analogique où un seul son faisait le morceau. Le morceau de Beltram est comme ça, vachement épuré, concentré sur une ligne de basse, très minimaliste mais hyper fort. Il y avait aussi ces vocals : « ecstasy, ecstasy ». Les gamins devenaient fous quand ils entendaient cette voix, ce message subliminal : c’était l’extase au sens pur avec la puissance du son, mais ça pouvait être aussi interprété comme une référence aux pilules. Il y avait les deux connotations. C’est comme le son Acid : au départ il n’y avait aucune connotation avec le LSD, ce n’est qu’après qu’il y eut des petits clins d’œil. » 

Aurélien, directeur adjoint du Cabaret : « Energy Flash fait partie des morceaux cultes qu’on n’oublie pas. Je n’ai pas le souvenir précis de la première fois que j’ai entendu ce morceau résonner dans mes oreilles … Mais c’est à coup sûr en 1992-93, lors de mes premières immersions en soirées et en rave. A l’époque et pendant des années, il était fréquent de l’entendre mixé aussi bien par les premiers ambassadeurs de la scène électronique internationale que par l’ensemble des DJ français. Il est rapidement devenu un hymne et un peaktime dans le déroulé de toute rave qui se respecte. Le genre de morceau capable de fédérer un public et de déclencher une hystérie collective, grâce à son pied lourd, sa mélodie sombre et entêtante et ce son métallique. Le morceau est relativement lent mais sa puissance n’en est que décuplée : une force tranquille qui s’impose de manière implacable et qui me donne encore des frissons lorsqu’il résonne en soirée, plus de 20 ans après l’avoir entendu pour la première fois.» 

Dans son livre Electrochoc, Laurent Garnier raconte la rave After Mayday de 1993 dans une warehouse au coeur de la zone industrielle de Villeneuve-Saint-Georges, en banlieue parisienne :

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« Au matin, les premiers rayons du soleil perçant les tôles d’aluminum du hangar laissèrent apparaître un immense nuage poussiéreux qui surplombait la piste. Les visages étaient marqués par la fatigue, les rétines dilatées par la chimie, la peau maculée de poussière. Lorsque les ravers à la recherche d’une navette pour retourner sur Paris sortirent du hangar, Energy Flash de Joey Beltram retentit, emportant la clameur de milliers d’âmes jusqu’au-delà des nuages. Tout ce qui marche, danse et respire à la ronde sentit ses poils se hérisser.» 

 

C’est l’un des plus jeunes producteurs techno de l’histoire

Joey Beltram
Joey Beltram pour DJ Magazine, 1991

 

Jack de Marseille : « A l’époque on ne parlait pas de légende, c’était vraiment les prémices. Energy Flash était déjà un hit, mais ce n’était pas une révolution pour autant parce que la musique électronique en soit était déjà révolutionnaire. On ne savait pas que ce morceau allait perdurer. La seule chose qu’on savait c’est que ça relevait du génie parce que Joey Beltram était très jeune. Les autres producteurs étaient déjà plus matures, avec plus d’expérience, des gros studios … et lui c’était un gamin de 17 ou 18 ans qui faisait très peu de musique, qui débarque et qui te pond ça ! »

 

 

 

 

 

Il a placé New York sur la mappe-monde de la Techno

Joey Beltram Cabaret Aléatoire
De G à Droite : The Advent, Blake Baxter, Joey Beltram, Mr. G, and Jeff Mills in 1997

Colin, boss du vinyl shop marseillais Extend & Play – « Pour moi Joey Beltram c’est l’emblème d’une époque, j’étais trop jeune pour que ça vienne à mes oreilles étant minot mais c’est grâce a Energy Flash que j’ai découvert Transmat et approfondi ma connaissance de la scène de Détroit, même si Beltram est de New York. » 

Aux côtés d’Adam X, Lenny Dee ou encore Frankie Bones, Beltram fut l’un des premiers artistes New Yorkais à faire de la techno. Producteur hors pair, il a réussi à faire entendre le son de NYC  dans une période largement dominée par les productions en provenance de la Motor City. Son tube Energy Flash est sorti initialement en 1990 sur le label Transmat (basé à Detroit), puis en 1991 sur le label belge R&S.

Jack de Marseille : « Ce qui est marrant c’est que c’était un label de Detroit qui sortait un artiste de New York, à une époque où il y avait une petite guéguerre entre les deux villes.  Les labels européens comme R&S et Tresor sortaient déjà des morceaux américains, mais en provenance de Detroit, assez rapides. Energy Flash, lui, est assez lent. On sentait cette patte New Yorkaise, une ville vachement house, à l’image du label Nu Groove. Ensuite Joey Beltram s’est mis à faire des choses plus rapides, comme sur Trax ou sur Warp. » 

Il est à l’origine du « Hoover », l’une des sonorités les plus emblématiques de la Rave

Le synthé de Mentasm, morceau qu’il a composé avec le producteur New Yorkais Mundo Muzique, a été samplé des millions de fois. Obsédés par un patch du Roland Alpha Juno nommé What The,  Beltram et Muzique étaient déterminés à utiliser ce son mis de côté par la plupart des utilisateurs du synthétiseur. Mundo Muzique avait présenté une première ébauche de Mentasm au mythique label belge R&S, qui n’avait pas retenu le morceau. Ce n’est qu’après s’être enfermé en studio avec Beltram et avoir séquencé le fichier MIDI sur un Mac que le synthé acquiert cette sonorité particulière.

Mundo Muzique : « J’étais déterminé à utiliser un son que beaucoup de personnes considéraient inutile sur ce synthé Roland. J’étais fasciné par ce son, je m’amusais tout le temps avec et je voulais l’utiliser de manière efficace sur l’un de mes projets. Il fallait juste savoir comment le contrôler correctement avec un séquenceur MIDI de manière à ce que ça soit pertinent. Je pense que je dois remercier Apple d’ailleurs, parce qu’autant que je sache, cette séquence avant-gardiste n’aurait jamais vu le jour sans le Mac.» (source)

Mentasm fut ensuite réalisé sur R&S et le son du synthé rapidement baptisé le « Hoover sound » (son d’aspirateur). Cette sonorité a par la suite été reprise dans plusieurs genres musicaux comme le gabber et fait désormais parti de l’ADN audio de la rave culture.

C’est l’un des « teachers » des Daft Punk

Dans leur premier album studio Homework, Joey Beltram est cité comme l’une des grandes influences des Daft Punk sur le morceau Teachers.

Au même titre que Paul Johnson, DJ Funk, DJ Sneak, DJ Rush, Waxmaster, Hyperactive, Jammin Gerald, Brian Wilson, George Clinton, Lil Louis, Ashley Beatto, Neil Landstrumm, Kenny Dope, DJ Hell, Louis Vega, K-Alexi, Dr. Dre, Omega, Gemini, Jeff Mills, DJ Deeon, DJ Milton, DJ Slugo, Green Velvet, DJ Esp, Roy Davis, Boo Williams, DJ Tonka, DJ Skull, DJ Pierre, Mark Dearborn, Todd Edward, Romanthony, Ceevea, Luke Slater, Derrick Carter, Robert Hood, Paris Mitchel, Dave Clarke, Van Helden, Armando et Surgeon.

L’un des ouvrages majeurs sur la Rave culture porte le nom de son titre phare

Energy Flash

Simon Reynolds : « Beltram a révolutionné la techno par deux fois avant d’avoir 21 ans avec Mentasm et Energy Flash» 

Historien de formation et journaliste musical (The Wire …), Simon Reynolds a exposé sa vision personnelle du mouvement rave tout en s’interrogeant sur les conditions d’émergence des différents genres musicaux de cette culture (techno, gabba, jungle, big beat …) en un ouvrage, dont le titre est une référence direct au morceau de Beltram.

Il joue encore dans les plus grands festivals du monde

On a beaucoup parlé du passé jusqu’à présent, mais les légendes ne sont-elles pas éternelles? Joey régale encore aujourd’hui les danseurs du monde entier avec des sets maitrisés de main de maître, comme au mythique festival anglais Glastonbury cet été (mais aussi à l’Amsterdam Dance Events, au Weather Festival …) . Il n’avait pour autant encore jamais joué à Marseille. C’est désormais réparé !


Back to Origins 3 w/ Joey Beltram & Jack de Marseille, ce samedi 12 Novembre
Prévente 10€ (+1€ de frais de loc)
Sur place 15€

Édition et propos recueillis par Paul Herincx

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