« Pour être un bon DJ il faut des décennies » : l’interview post set de Lee Van Dowski

Nous avons rencontré Lee van Dowski après son set dans le cadre de l’opening Club Cabaret vendredi 23 février. Grand producteur depuis plus de 10 ans, on commence par lui parler de ses origines françaises, souvent méconnues. Puis on enchaîne sur son dernier album et le sens qu’il trouve à sortir un format long aujourd’hui. Il nous confie ses impressions sur la nouvelle scène et la professionnalisation du métier de DJ, un environnement très différent de celui qu’il a pu connaître lorsqu’il commençait à mixer. Il prend position sur la scène européenne surpassée par la musique électronique et le public tunisien et sud-américain qu’il porte dans son cœur. On finit sur son avenir, et où il se verrait dans quelques années, dur de répondre forcément, certainement pas label manager en tout cas!

« Le format de l’album n’a plus de sens depuis qu’on peut acheter les tracks une par une » – à propos de son dernier album, Cerca Trova

« On avait aucune aspiration à être DJ de façon professionnelle » – la vision des DJ dans les années 2000

« Il me semble qu’il manque une étape, pour être un bon DJ il faut des décennies » – les newcomers qui arrivent déjà avec un agent après 1M de vues sur Youtube

« C’est devenu un petit peu trop sérieux ces dernières années » – Seriously !

« Le public est un peu blazé en Europe avec cette profusion de soirée, on est des enfants gâtés » – la musique électronique en Europe

« Je ne vois pas ce que je pourrais apporter de plus avec un label aujourd’hui » – Lee en 2021 ?

Joris Delacroix revient en force avec un nouvel album et une tournée live

Joris Delacroix incarne cette nouvelle génération de producteur français qui rayonne à l’étranger. Jeune prodige, élu révélation de l’année 2012 par les lecteurs du magazine Trax, Joris baigne dans la musique depuis ses 16 ans. A 24 ans, il s’impose comme l’une des figures fortes de la nouvelle scène électronique française. De la french touch, il conserve une affinité pour le jeu du sample et une rythmique aux kicks élastiques qui lorgne du côté d’Alan Braxe ; de la minimale, un sens de l’épure et une envie de privilégier la texture à la masse.

En 2017, il fait évoluer sa recette house lancinante et ensoleillée et propose deux singles dont un featuring avec Ornette annonçant un album aux influences clairement diverses du live électro au downtempo, voire hip-hop. Sa plus grande force ? Mettre tout le monde d’accord avec ses tracks aux millions de vues, ses 11 Zénith aux côtés de Synapson et The Avener sur la tournée Flash Deep. A l’occasion de sa tournée Night Visions Tour, il délivrera un LIVE et un DJ SET le 17 mars au Cabaret Aléatoire, une occasion parfaite pour s’immerger dans son univers. Nous lui avons posé quelques questions en amont de ce concert qui s’annonce déjà exceptionnel.

Comment on prépare une date en presque all night long ? Est-ce que ton set va s’articuler autour des sonorités de ton live où vas-tu te laisser l’opportunité d’aller piocher des tracks un peu éloignées ? 

Justement, l’intérêt de proposer un dj set après mon live c’est de pouvoir aller autre part. Vu qu’en live je passe 1h30 à jouer mes morceaux, je pense qu’après ça on a fait le tour du son « Joris Delacroix ». Du coup le Dj set qui suit a généralement tendance à cogner un peu plus.

Wielki est signé sur ton label et joue avec toi ce soir, qu’est ce qui te plait chez lui ?

Artistiquement, c’est quelqu’un capable d’une grande ampleur autant en prod qu’en dj. Il a un style qui mêle des influences house-club de ses débuts avec un côté plus techno-dark que je trouve très intéressant. Il y a aussi le côté humain vu que c’est un vrai pote et qu’on bosse ensemble depuis quelques temps maintenant.

Wielki va jouer entre ton live et ton dj set ? Ce moment tu te le laisses pour de la méditation ou pour te reposer ou tu finis ta partie de Dragon Ball Fighterz ?

Je fais tout ça en même temps : je me repose en écoutant Wielki tout en méditant sur Dragon Ball et en buvant des coups. C’est un peu concept…

Cet album que tout le monde attend impatiemment, tu en es à quel stade ? Le mastering est terminé ? Le graphisme est bouclé ?  Tu as une date de sortie calée ?  Il y a des collaborations prévues au-delà de Ornette ?  Un nouveau set up instrumental ? 

En gros, là j’ai 10 morceaux mixés, masterisés et donc finalisés. il y en a 2 que je suis en train de revoir, car je les avais fait comme des chansons à la base mais finalement je préfère les repasser en instrumentaux. Pour les collab j’en ai avec Synapson, Montmartre, Findlay, Sirius Trema… l’album va sortir dans les prochains mois 😉 !

D’ailleurs, comment tu sélectionnes les morceaux qui y seront ? 

Grâce à mon instinct 😉

Et, est-ce que tu construis l’ordre des tracks avec une logique d’écoute sur l’ensemble de l’album ?

Oui, dans la composition d’un morceau comme celle d’un album j’aime bien que ça raconte quelque chose. Après il s’agit de ne pas être non plus trop directif. J’essaie de faire ça en laissant une marge d’interprétation à l’auditeur pour que chacun puisse se l’approprier.

Le live sera-t-il un mélange de toutes tes prods ou juste du nouvel album ? 

C’est axé sur le nouvel album, mais on y retrouvera quelques classiques

Toi qui est une des succès story de la french touch, est-ce que tu as eu un coup de cœur sur la génération qui te suit ?

Je pense à des artistes de mon label comme Vall, James Mac, Kosco (pour ne citer que ceux qui sont vraiment plus jeunes que moi). Ils ont tous un très fort potentiel et ils en veulent.

Joris Delacroix présentera son nouveau live au Cabaret Aléatoire le 17 mars, les préventes Early Bird sont à 15€, profitez-en !

Du casque au playground : Siska sensibilise les jeunes de la Belle de Mai à la création musicale

La chanteuse marseillaise Siska et son beatmaker Clément ont animé des ateliers de découverte et de sensibilisation musicale à la Friche la Belle de Mai pendant les mois d’Avril, Mai et Juin 2017. Une battle de soundsystems ou Block Party entre les enfants du quartier et DJ Djel a clôturé en beauté le projet.

Mercredi 19 avril, la cour Jobin est peuplée de minots comme un après-midi ensoleillé de vacances scolaires. A l’intérieur du Cabaret, Siska et ses musiciens sont en pleine préparation pour leur concert du samedi suivant au printemps de Bourges. « Si je pouvais rendre toutes les répétitions publiques ce serait génial ! T’es en contact avec les gens, tu vois leurs réactions … » explique Siska après avoir invité les enfants qui jouaient sur le Playground de la Friche Belle de Mai à assister à une partie de leur résidence. « Et c’était mortel ! Je me suis dit que notre musique serait décalée par rapport à ce qu’ils écoutent, mais en fait non, ça m’a prouvé qu’ils sont ouverts et super réceptifs, et ça, ça fait plaisir ».

De bonnes augures pour les idées que Karine (le vrai prénom de Siska) et Clément (le beatmaker de Siska) ont l’intention de développer avec les collégiens et les adolescents du quartier.

« On aimerait bien arriver à intéresser les gamins à faire leur musique, les inciter à faire ce qu’ils écoutent »

C’est en partant de cette volonté qu’avec plusieurs opérateurs du quartier comme la Maison pour Tous, le collège Belle de Mai, la SCIC ou le Cabaret Aléatoire, Siska a imaginé un projet artistique de création et d’action culturelle en trois étapes : sensibilisation à la culture hip hop et à la création musicale autodidacte, atelier de création et battle de soundsystems.

atelier sensibilisation siska

Partie 1 – Ateliers de sensibilisation au Do It Yourself et à la culture Hip-Hop

« Ça fait quinze ans que je vis de ma musique, mais à priori je n’étais pas du tout destinée à ça. J’ai vécu dans les quartiers Nord, j’ai fait de longues études, j’étais passionnée par la musique et la danse et à un moment j’ai décidé d’en faire mon métier ». Née à la maternité de la Belle de Mai, aujourd’hui désaffectée, Siska y a installé son studio de répétition depuis 2002. Ses morceaux soul/trip-hop sortent sur le label auto-produit Vai la Bott.

« Je m’en fiche que les gamins écoutent du Jul ou du Soprano, ce qui m’intéresse c’est que ces artistes-là soient indépendants »

« Plus que la musique elle-même, c’était une manière de vivre qui m’attirait. La vie de musicien peut ressembler à une vie de fonctionnaire, tu peux finir par tourner en rond, tout dépend comment tu alimentes ton art et ce que tu veux en faire. Moi c’était les voyages dans le tour bus et la notion d’indépendance qui m’attirait»

En partant de son histoire et de ses origines (Algériennes par son père et d’Europe de l’Est par sa mère), Siska a montré comment la culture et l’héritage musical sont prépondérants dans la création d’une identité artistique originale. « Je ne suis pas allée au conservatoire mais il y a plein d’écoles parallèles, et ça commence par le quartier où la musique est super présente. On aimerait montrer aux gamins qu’ils peuvent aller puiser dans leur propre culture, c’est là qu’ils vont trouver leur propre identité ».

Dans ces ateliers, Siska et Clément ont également retracé l’histoire du hip-hop du début des années 80 jusqu’aux débuts des années 2000, car « après ils connaissent ». Clément montra comment à partir des extraits des disques les Djs ont réussi à créer une musique originale, illustrant son propos par les fameux break de James Brown, les couches de samples de Public Enemy, en passant par ceux de MC Solaar et Iam jusqu’à Dr Dre samplant Charles Aznavour. A titre d’exemple, le morceau « Brothers gonna work it out » reprend en boucle un sample de guitare du grand Prince sur la track « Lets Go Crazy ». Le B-A-B-A de tous les futurs artistes de demain.

Partie 2 – Atelier de Création

Les adolescents les plus intéressés seront ensuite invités à passer à l’action. « On voudrait démystifier le côté musical pour qu’ils comprennent qu’ils ont de la chance de faire partie d’une génération qui peut faire de la musique avec un iPhone ou avec un ordinateur ». Siska et Clément ont exposé l’accessibilité des outils informatiques de création et de production actuelles et incité les adolescents à produire en partant de leur propre culture musicale. Se fabriquer son home studio est devenu une réalité avec les nouveaux outils digitaux en libre accès ou à faible coût. La création artisanale dans sa chambre diffusée sur Youtube fait ravage, il semblait important de présenter aux jeunes ces opportunités.

« On va leur montrer comment on sample, comment on programme, et s’il y a des rappeurs et des chanteuses peut-être arriver à faire des morceaux. »

A travers des séquences musicales et des témoignages montrant que l’on peut faire de la musique sans grosse maison de disque en valorisant ses différences et son parcours, ces ateliers interactifs ont eu pour but de donner les pistes à quiconque voudrait se lancer dans une carrière musicale professionnelle. Ils ont trouvé preneurs notamment auprès de Jordan, 13 ans, qui s’est lancé dans la conception sur le logiciel Ableton Live sous la tutelle de Clément. « C’est chaud d’un seul coup de se retrouver derrière un ordi, de se concentrer … Heureusement vu qu’on est autodidactes on connait pas mal de feintes » explique Siska. Clément fait par exemple dessiner les rythmes aux ados plutôt que de taper le tempo. Il leur propose aussi différents sons (batteries, basses …) pour qu’ils les assemblent et composent leur propre morceau. « Il faut être patient » avoue Jordan, dont le but à court terme est de terminer son morceau à temps pour pouvoir le partager en public et rapper dessus pendant la battle de soundsystems prévue quelques semaines plus tard.

siska block party cabaret aléatoire

Partie 3 – Block Party

Le projet s’est conclu un samedi après-midi sur le Playground de la Friche de la Belle de Mai avec une Block Party où les jeunes mais aussi les familles du quartier ont été conviés. Deux sound systems se sont affrontés durant la journée dans l’esprit des soundclashs qui animaient les prémices du hip-hop. Pour une piqûre de rappel, on vous invite à regarder la série Netflix « The Get Down », qui relate de l’avènement du hip-hop dans les quartiers défavorisés de New York.

« On aimerait bien faire un battle en mode Brooklyn des 80’s »

Siska a présenté au public les productions des ateliers de création et invité pour l’occasion des figures tutélaires du hip-hop Marseillais comme DJ Djel, l’iconique DJ de la Fonky Family. « Il y avait un soundsystem très hip hop avec Djel et Kaméléon, le nôtre où on a commencé plutôt avec du oldies jamaïca, puis on a dévié jusqu’à du dubstep, et la présentation les morceaux qu’on a fait avec les gamins. le tout dans un esprit battle, avec la niaque comme les gamins l’ont sur le playground. »

Les écoles de danse du quartier, des grapheurs et l’association de skate Board Spirit Marseille se sont joint à cette célébration de la culture urbaine. Comme pour poser les bases, Siska commença à chanter avec des paroles qui rappellent l’histoire des musiques africaines, avant de lancer une perche à K-méléon qui enchaîna en freestyle, captant immédiatement l’énergie du playground.

« Tout l’après-midi, les deux teams se sont passées le relais en se réappropriant des classiques, de Cypress Hill aux Fuggees en passant par Rihanna. »

La fête s’est conclue par les présentations des productions de Jordan et Dylan qui scotchent tous les deux le playground par leurs prestations. « Jordan est rentré dans un egotrip très dark et hyper profond en rappant sur son son, et Dylan nous a fait découvrir ses talents cachés de danseur » explique Siska. Lorsqu’on demande à nos deux talents révélés s’ils comptent rempiler pour de nouveaux sons, la réponse est oui.  L’investissement de Siska et de son équipe se sont vu récompensés par ces talents prometteurs, un public attentif et curieux, ainsi que la joie et la bonne humeur de tous les acteurs de ce projet. Ils ont eu le sentiment de vivre le début de quelque chose, comme si  la transmission de leur savoir allait porter bientôt ses fruits entre les murs de la Belle de Mai.

Découvrez également l’interview de Siska lors de son passage en résidence il y a 1 an.

Block Party @PlayGround Friche belle-de-mai

Les concerts c'est le kif, from the live music we feel alive… and #playground, #soundsystem, la cité, la rue, la belle-de-mai c'est de la d'où on vient, quel plaisir de partager ça avec DJ DJEL aka DIAMOND CUTTER aka ALI.WOOD aka DJEL.ALI aka DJEZZY Xav K-méléon Mc Dydy Lä'd Jordan Le Sang!"Then You might remember where u coming from, then u might remember where you headed to…"Ma Friche a 25 ans ! // Cabaret Aleatoire // Friche la Belle de Mai // VLB RecordingsShot by Julie Lagier

Publiée par siska sur Samedi 9 décembre 2017

[ITW] daWad : « Je marche à la sensibilité, un truc me touche : j’adhère »

Fierement signé sur Beachcoma, le marseillais daWad a eu la bonne idée d’inviter deux des fondateurs du label – Fairmont et Sid le Rock – au Club Cabaret ce vendredi. On a parlé de cette connexion, de son parcours et de la scène locale avec lui.

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