Report : Escale à Trinidad le temps d’un concert avec Anthony Joseph

En tant que membre fondateur du festival Jazz sur la Ville, le Cabaret Aléatoire a cœur à inviter chaque année des artistes de ce mouvement musical. Le jazz new school c’est la fusion des genres : avec l’afrobeat ou le reggae pour Anthony Joseph, avec l’électro pour Kodama. Des influences très diverses qui ont fait de cette soirée une rencontre unique.

 

kodama cocnert cabaret aléatoire

Un peu plus près des étoiles

Avec la prestance inégalée de Kiala, la chanteuse de Kodäma, leur concert a fait sensation. Premières notes allongées sur le synthé, ils enchaînent avec leur morceau phare « Asked to the moon », et l’on découvre l’énergie florissante de Kiala, qui communique avec le public malgré leur timidité ! La glace est brisée, tout le monde se met à danser et à chantonner sur les refrains. Black Cloud retentit, et c’est une version acoustique en longueur qu’on découvre, encore plus appréciable qu’en home listening. On se laisse emporter par la voix impressionnante de Kiala et les nappes de synthés cloudiennes. Elle finit avec un hommage à son père et à Fela Kuti, qu’il a accompagné à la guitare sur Egypt 80, avec un morceau résolument afrobeat « Water no gets enemy ». Introduction parfaite pour Anthony Joseph.

Porter le drapeau jusqu’à la scène

Les musiciens s’installent et commencent à jouer dans le noir, les prémices d’un concert de 2 heures intenses. En fond de scène, on aperçoit le drapeau de Trinidad, le pays d’origine d’Anthony Joseph, où il a enregistré son dernier album People of the Sun. Lorsqu’il commence à chanter/parler, on ne sait plus trop avec le spoken word, Anthony Joseph pose le ton. Le morceau devient un discours, et les notes une cadence de lecture. Les musiciens qui l’accompagnent en sont d’autant plus incroyables, et l’on remarque les superbes solos du saxophoniste, sous une lumière tamisée digne d’un coucher de soleil sur l’île des Caraïbes. Dig out your eye, Bandit School, autant de titres de son nouvel album déjà cultes. On le surprend lire une feuille de notes, un morceau/poème élaboré last minute !

Pour sûr, Anthony Joseph a fait voyager tout le monde, le public était en transe sur ses compositions enivrantes.

kodama cabaret aléatoire

Crédit photo : Philippe Claverin

Kodäma « J’ai juste été emporté par le son de sa voix »

Nous accueillons le duo Kodäma dans le cadre du festival Jazz sur la ville Jeudi 29 Novembre. A cette occasion nous avons monté un plateau des plus hybrides avec Anthony Joseph et ses influences allant du jazz au voodoo funk en passant par des featurings avec des rappeurs de Trinidad ; et Kodama, Thomas et Kiala, qui composent des mélodies jazz aux beats tirant vers le trip hop -vers l’electro – avec la douce voix de Kiala, clairement soul et à la limite du r’n’b. On était curieux de connaître la genèse de ce groupe et leurs influences incroyables.

1- Vous vous êtes rencontrés à une fête de la musique, où vous partagiez le même plateau et vous décidez de travailler ensemble assez rapidement. Vous partez au Japon donner votre premier concert et c’est finalement là que vous vous rendez compte que votre association peut vraiment fonctionner. Vous signez très rapidement chez la Mamie’s record, qu’est-ce qu’on peut ajouter ?

On ajoute ce lien 😉

 

2-Kiala tu as des origines japonaises et j’imagine que dans un premier temps c’est la raison pour laquelle tu chantes parfois en japonais. Le japonais est une langue où l’on prononce chaque syllabe, certaines appuyées, c’est une langue ultra rythmique. Est-ce que tu t’amuses avec elle, ou bien restes-tu très académique lorsque tu chantes ?

Le but est de m’amuser et de jouer avec les possibilités qu’offrent cette langue qui est néanmoins, pour moi et au même titre que le Français, difficile à manier surtout dans un contexte de musique métissée (afro, hip hop, jazz…).

J’essaye toujours de m’éloigner au maximum de ce qui se fait le plus couramment au Japon, et surtout des clichés qui tournent autour de la musique japonaise (Jpop disco…).

3-Le hiphop est clairement d’ailleurs le style de musique prépondérant au Japon. Est-ce que tu aurais des références à nous partager dans la grande famille des blacks musiques étendues ?

J’ai suivi cette vague de beatmaker japonais avec Daisuke Tanabe en tête, que je suis depuis 2009. C’est l’approche scientifique du beatmaking. Après il y a le très célèbre Nujabes, Dj Mitsu The Beat, et plein d’autres. Mais ce que j’appréciais écouter avant tout dans mes plus jeunes années c’était l’Acid Jazz, la disco japonaise (Aor, City pop) et Ryuichi Sakamoto .

 

Dans l’Acid Jazz, je peux citer Soil and Pimp Session dont j’étais super fan au lycée. Cette année j’ai eu la chance de poser ma voix sur un morceau de leur nouvel album, « Dapper ». Niveau Disco, il y a beaucoup de noms qui me viennet en tête mais je pense notamment à Makoto matsushita, Takako Mamiya et le plus connu je pense Tatsuro Yamashita.

4- Thomas quand tu rencontres Kiala tu es déjà musicien, plus exactement bassiste. Ils racontaient quoi musicalement tes groupes précédents ? Est-ce qu’au moment où vous vous rencontrez tu saisis tout de suite où va aller le projet ?

Je suis arrivé à Paris avec un groupe de rap qui s’appelait Oncle Slam. Ensuite, j’ai monté un projet avec une chanteuse qui s’appelait Ti Harmon. On a fait un album, puis un projet qui existe toujours qui s’appelle Tie and the Love Process et c’est à peu près à ce moment-là que j’ai rencontré Kiala. Alors que j’accompagnais un artiste qui s’appelle Zamua, elle jouait avant nous…

J’ai juste été emporté par le son de sa voix comme rarement ainsi que sa musicalité. Du coup dès qu’elle jouait quelque part j’allais la réécouter.

5- Pour le mastering de l’EP Black Cloud le deuxième à votre actif, vous avez travaillé avec Kelly Hibbert (l’ingénieur son de J. Dilla, Madlib, Flying Lotus…). Vous l’avez rencontré ? Vous avez travaillé comment avec lui ?

À l’origine nous cherchions un ingénieur pour le mixage de l’EP et on a contacté Benjamin Tierney. On aimait beaucoup son travail notamment  sur « Cosmogramma » de Flying Lotus et sur « The Epic » de Kamasi Washington. Nous avons bossé avec lui à distance et c’était une belle expérience. Puis tout simplement Benjamin nous a proposé de bosser avec Kelly pour le mastering ! Deux belles rencontres.

6- Mon niveau de japonais ne me permet pas de comprendre intégralement les paroles de Jam With Sōseki.  Est-ce que vous pouvez nous conter cette chanson ?

Ce morceau est un hommage à Natsume Sōseki, romancier et poète japonais dont je récite un haïku. C’est également un clin d’œil aux fêtes traditionnelles japonaises.

7- En tant que groupe qui mélange tous les instruments, de ceux en bois et ceux de l’ordre du numérique, comment vous y prenez-vous pour composer ? Plutôt en commençant comme on imaginerait un groupe de jazz qui compose ou cela dépend du morceau ?

Oui ça dépend des morceaux. Finalement on touche tous les deux aux instruments et à la MAO, donc on travaille chacun les phases musicales qui nous inspirent puis on les arrange ensemble. Parfois on jam sur les sons qu’on trouve et ça donne lieu à quelque chose de plus abouti.

8- On veut être les premiers dans les bacs, est ce que vous avez une sortie d’album à annoncer ?

Un timing même presque approximatif ? Fin 2019 si tout se passe bien !

9- Et la dernière qui au risque est connectée à la précédente, on peut attendre quoi de cet album ?

Qu’il vous plaise 😉

Retrouvez Kodäma en live Vendredi 29 Novembre dans le cadre du festival Jazz sur la Ville