Jack Ollins x Cabaret Aléatoire : « Être associé à un lieu culturel est une finalité, un accomplissement pour moi »

Jack Ollins est un artiste associé au Cabaret Aléatoire, il gère la programmation des soirées Rendez-Vous, dont la prochaine sera le vendredi 23 mars avec Cassy.  Il s’insère plus globalement dans la réflexion des programmations de nombreux événements toute l’année, et est devenu un proche du Cabaret Aléatoire.

Comment as-tu connu le Cabaret Aléatoire ?

Je vais commencer par le début de l’histoire. J’ai connu ce lieu très jeune lorsque l’usine de manufacture de tabac, la SEITA, était encore en pleine activité. J’étais encore au collège à cette période et les parents de mon camarade de classe habitaient un logement de fonction situé à l’emplacement du terrain de basketball à présent. Son père bossait à la SEITA. Les mercredis après-midi on faisait du vélo et organisait des matchs de ballon qui n’en finissaient plus dans cette immense cour.

Plus tard, au tout début des années 90, l’usine a cessé toute activité et a fini par fermer ses portes. C’est alors que la Friche Belle de Mai est née. Les premières raves parties s’y sont installées et on pouvait y voir des soirées qui terminées à pas d’heure avec des artistes internationaux qui ne se prenaient pas pour des stars comme maintenant.

C’était extraordinairement festif. Je pense n’y avoir raté aucune soirée là bas. J’ai gardé au fond de moi de très bons souvenirs de ce lieu et de ce que j’y ai découvert. C’était pour moi la plus belle période car la musique électronique arrivait à peine en France et il y avait un engouement sans égal. Les gens étaient contents de sortir à cette époque, il y avait quelque chose d’euphorique car on ne savait pas si c’était légal ou pas.

Dès la fin des années 90, de 1998 à 2001 plus précisément, j’ai commencé à jouer dans ce lieu pour les Winter Gay Party, c’était le début des soirées des Gay Pride à Marseille. Un mot me vient encore à l’esprit : MAGIQUE. Cette salle, encore sans nom, était vide, brut de décoffrage, une véritable Warehouse remplie d’enceintes, de décorations maison et un public complètement déjanté. Puis le Cabaret Aléatoire est arrivé et ce lieu a pris forme, a évolué, s’est transformé favorablement au fil des années. Et c’est en 2009 que je suis revenu y jouer avec Carl Craig dans mes valises, pour une soirée Motor City, je vous laisse imaginer la soirée.

Pourquoi avoir choisi le Cabaret Aléatoire ?

J’ai choisi le Cabaret Aléatoire pour plusieurs raisons :

Parce que j’ai toujours aimé ce lieu et que j’y suis géographiquement attaché, étant un enfant de la Belle de Mai. Depuis mes débuts en 1994, ma priorité de représentation a toujours été orientée vers des salles de style Warehouse ou très underground.

J’aime aussi jouer en Club, bien entendu mais l’atmosphère qui s’en dégage est complètement différente. Les gens sont plus libres et réceptifs dans une salle.

Parce que l’équipe du Cabaret Aléatoire est juste formidable et d’un professionnalisme sans égal. Que ce soit de l’accueil, à la comm, la sécu, la prod, la technique ou la logistique, tout est parfaitement carré comme j’aime. Dans ma carrière, j’ai organisé plusieurs centaines d’événements, en France et à l’international ; il m’est arrivé à plusieurs reprises d’être dégoûté au point de tout vouloir arrêter à cause de personnes incompétentes, irresponsables, et surtout très malhonnêtes. Période révolue à présent.

Parce que la configuration de la salle permet d’accomplir des choses irréalisables dans un Club et de pouvoir programmer des artistes autres que des djs. C’est une chance de pouvoir assister au live de Moderat, de Fatima Yamaha ou de Mount Kimbie (pour ne citer qu’eux) un soir et le lendemain de voir sur scène KRS ONE.

Et enfin, parce que malgré toutes les tempêtes qu’a traversé le Cabaret Aléatoire, depuis sa création, il n’a jamais changé de cap et s’est battu pour continuer à défendre la culture underground. Les jeunes générations ne peuvent pas comprendre ou réaliser quel combat il a fallu mener pour qu’un lieu comme celui-ci puisse encore exister, ça relève du miracle. Et c’est ce qui fait sa force aujourd’hui. Ce sont pour ces principales raisons que je suis attaché à ce lieu.

Quel est ton rôle au sein du Cabaret Aléatoire ?

Fin 2015, Aurélien et Pierre Alain m’ont proposé une résidence, que j’ai très vite acceptée, pour les Clubs Cabaret qui ont lieu tous les vendredis. C’est ainsi que les soirées RENDEZ-VOUS ont vu le jour, dès février 2016 et m’ont permis d’accueillir des artistes qui n’étaient pour la plupart jamais venus à Marseille ou au Cabaret Aléatoire, comme : DJ PIERRE, NÔZE, KENNY LARKIN, MR G, STEVE BUG, OXIA, MOVE D, BLOODY MARY, WOO YORK, STACEY PULLEN…

A présent, en plus des soirées RENDEZ-VOUS, je travaille en complicité avec Aurélien et Pierre Alain sur de nombreux projets afin de développer l’artistique en exploitant au maximum mon background pour le Cabaret Aléatoire et pour des événements hors les murs. Nous mettons en commun nos compétences et nos idées dans le but de réaliser de très belles choses ensemble. C’est ainsi qu’on a pu voir : JOSH WINK, ROBERT HOOD, MARTIN BUTTRICH, ELLEN ALLIEN, MONIKA KRUSE, DERRICK CARTER, etc etc … et ce n’est que le début d’une longue série à venir !

Qu’est-ce que cela représente pour toi d’être associé à un lieu culturel ?

Être associé à un lieu culturel est une finalité, un accomplissement pour moi. Un lieu culturel est un lieu d’expression, de découverte, de partage et de représentation artistique. La preuve en est, que tous les vendredis les promoteurs s’enchaînent et proposent une programmation complètement différente, qui touche divers univers, et ça fonctionne parfaitement. Une ville comme Marseille devrait être riche en lieux culturels comme l’est Berlin, Barcelone et Détroit maintenant, car développer l’art, quel qu’il soit, c’est développer la paix. Et c’est la raison pour laquelle, je suis très fier de pouvoir être rattaché à un lieu culturel comme le Cabaret Aléatoire.

Peux-tu nous donner un exemple de ton implication pour le Cabaret ?

Il y en a beaucoup et je n’aime pas dire : « j’ai fait ça ou ça », l’essentiel est de faire, d’accomplir les choses, pas de s’en vanter, d’autres savent le faire mieux que moi, sans même faire quoique ce soit.

Il faut savoir que programmer des têtes d’affiche devient de plus en plus compliqué de nos jours car les exigences de certains artistes sont parfois folles à assumer. C’est un travail parfois éprouvant, contraignant qui peut devenir un cauchemar quand on vous annonce que l’artiste ne pourra pas voyager pour des raisons de santé, cas de Ricardo Villalobos en septembre. A ce moment là, malgré toute votre implication, des mois de boulot s’écroulent en quelques secondes. Malheureusement ça fait partie du job et heureusement que ces moments là sont très rares. Un artiste n’est pas une machine et peut être malade comme tout mortel, même si ça porte préjudice à l’organisateur.

Mais j’arrive à apporter ma pierre à l’édifice, quand la quasi totalité des artistes que j’ai invité au Cabaret et hors Cabaret me demandent de revenir ; c’est à ce moment là que mon implication prend tout son sens.

Ne soyez pas pressés, le meilleur arrive…RENDEZ VOUS sur le dancefloor, c’est le 23 mars avec Cassy et Jack Ollins, ainsi que le 28 avril avec Monika Kruse + Oxia